Les étudiant(e)s qui ont mis à l’épreuve leur amour des hamburgers

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Malgré l’heure tardive, 10h45 sonne comme un réveil brutal pour plusieurs étudiants. Première réflexion du jour : « Nous sommes littéralement en train de mettre en jeu l’avenir de la planète – pour des hamburgers.» Cette citation de Peter Singer a au moins le mérite d’en amuser quelques-uns.

Mais qu’est-ce qu’il veut dire? En quoi notre intérêt quasiment passionnel pour les hamburgers peut-il s’inscrire dans le destin de notre monde? En posant les bonnes questions, les étudiants tissent rapidement le lien entre le réchauffement climatique et le méthane dégagé par l’élevage de bovins.

« Et pourquoi continuons-nous à produire autant de bovins ?»

« Bien, parce qu’on aime la viande et nos hamburgers.»

C’est exact, mais ça, c’est la partie facile. J’ai confronté les étudiants aux obstacles rationnels que doit surmonter le carnivore pour être en paix avec ses actions : pourquoi faire souffrir et tuer des êtres dotés de sensibilité tant qu’il existe des alternatives? Pourquoi ne pas transformer plus de territoire d’élevage en terres agricoles si cela permet de nourrir la population mondiale? Ils comprennent la valeur de ces dilemmes.

Nos étudiants sont allumés, plusieurs d’entre eux sont au fait que la situation environnementale de la planète est en dérive vers la catastrophe. Mais pointez leur assiette et demandez-leur s’ils vont changer leurs habitudes de vie en sachant que certains gestes nous rapprochent un peu plus d’une fin du monde possible…

« Ben non là, c’est trop bon dans ma bouche. »

Impossible ici de contredire Singer, mais ce n’est pas surprenant. Toutefois, cette réponse ne fait pas l’affaire d’une étudiante qui eut vite fait de souligner que ce n’était pas là une raison valable pour mettre en péril la planète. Elle se fait répondre:  «Je sais, mais ça ne me dérange pas. »

Je dirige leur attention vers le fond du problème: « Remarquez-vous ce qui est en jeu ici? Nous avons tous au moins une habitude que nous savons être mauvaise. Mais l’indifférence que nous entretenons face à la raison témoigne de l’emprise que nos désirs ont sur nous. Comment protéger notre avenir si les gens font toujours ce qu’ils désirent? »

Je les laisse partir avec cette pensée. Un silence méditatif les accompagne et remplace l’habituel brouhaha d’une fin de classe. Déjà, l’examen intérieur qu’ils sont en train de s’imposer signale l’humble victoire de chacun face à l’indifférence des problèmes du monde et de notre avenir.

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Marc-André Caron-Mailhot

Collège Montmorency

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