L’étudiante qui aurait aimé connaître la philo plus tôt

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Un lundi matin à 8 heures, dans un cours de philosophie 101, nous avions pour plan de leçon une étude de texte portant sur un extrait de la Formation de l’esprit scientifique de Gaston Bachelard. L’auteur y faisait une critique, sans équivoque, de l’opinion (le sens commun) dans un passage où il faisait état des obstacles épistémologiques.

Une des étudiantes, la meilleure du groupe en particulier et l’une des meilleures du Cégep en général pour avoir eu des cotes r très honorables, n’avait pas arrêté de participer , comme d’habitude, activement aux discussions. Ainsi, à chacune de ses interventions, elle ne ratait pas l’occasion de souligner son adhésion à la thèse de Bachelard. Je voyais que le texte lui parlait profondément. Comme il était de coutume, au terme de chaque cours, qu’elle resta me parler, cette fois-ci elle a demandé à poursuivre la réflexion avec moi dans mon bureau si le temps me le permettait. J’ai donné un avis favorable à sa demande.

En effet, nous avons eu plus d’une heure de temps, en tête-à-tête, à parler des croyances dans la société pour arriver à admettre que la science elle-même n’est pas à l’abri de cela. En sortant du bureau, elle se mit debout et dit « je pense que la philosophie doit être enseignée dès le primaire ». Surpris, je lui répondis « pourquoi? » avant de la voir rétorquer, avec beaucoup d’émotions, « parce que quand on arrive au Cégep, on est déjà vieux de nos préjugés ».

Ce jour-là, j’ai compris que la tâche d’un professeur de philosophie doit bien résider dans le fait de rendre son étudiant dubitatif et non dans l’attitude de lui transmettre un savoir qu’il peut, souvent, ne pas comprendre.

Serigne Touba Mbacké Gueye
Cégep de Granby

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