L’étudiant qui a compris ce qu’est l’abstraction

abstraction

Dans le troisième cours de philosophie, Éthique et politique, je me rappelle qu’un étudiant en design posa cette question : « Est-ce que les droites que nous dessinons à l’ordinateur sont vraiment droites ? » Je lui répondis que les droites (ainsi que toute autre objet géométrique) ne sont pas parfaitement droites. L’étudiant resta bouche bée, interloqué. « Mais alors, répliqua-t-il, les mathématiques sont fausses ! »

Je saisis l’occasion pour lui expliquer, ainsi qu’aux autres étudiants – dont je sentis aussi la perplexité – en quoi consistait le travail de l’intelligence d’abstraction essentielle en géométrie.

« Tu sais, lui dis-je, la géométrie a peu ou prou à voir avec l’expérience visuelle ou tactile. Dans notre univers physique, les droites parfaitement droites n’existent pas. En traçant une droite au tableau avec une flèche aux deux bouts, je ne trace pas une droite, mais le signe d’une droite. Une image d’une droite plus ou moins droite. Le signe ou l’image utilisé est arbitraire, mais la réalité que le signe désigne, lui, n’est pas arbitraire. Car le signe désigne une idée, une idée générale – ce que les philosophes depuis saint Thomas d’Aquin, un penseur chrétien du Moyen Age, ont baptisé du nom de « concept ».

Auparavant, on parlait d’ « intelligible » ou d’« universel». Par le mot concept, Thomas d’Aquin voulait signifier que l’intelligence conçoit une idée, tout comme une femme conçoit un enfant. Donc, l’intelligence engendre des idées – des concepts. Le propre de l’intelligence humaine consiste dans l’abstraction. L’abstraction consiste à isoler à l’aide de l’intelligence une caractéristique commune à divers éléments.

Exemple. En ce moment, je vous regarde tous et toutes, et je constate bien des différences au plan corporel. Malgré cela, mon intelligence dégage des caractéristiques communes, telle que être étudiant, être humain, etc. Ce sont là des concepts. La capacité d’abstraction de l’intelligence est source de généralité. Sans la généralité, il n’y science ni philosophie. »

« Donc, conclua l’étudiant, c’est pour ça que la philosophie est dite abstraite? Ça veut simplement dire qu’elle s’intéresse au monde à l’aide la pensée?

– Oui… et la science aussi.

– Mais ce n’est donc pas négatif! C’est peut-être même la seule façon d’avoir accès à la vérité que d’utiliser la pensée! »

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Jean Laberge,
Cégep du Vieux Montréal

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