Les étudiant(e)s qui ne savaient plus si l’homme est un animal

Icone homme animalSuivant les bons conseils de Socrate et Platon, l’un de mes objectifs en classe est de réveiller les étudiants et les forcer à réfléchir. Je tente de déconstruire leur réalité afin de les libérer. Tout un défi. C’est un jeu, ou une danse. J’élabore un plan diabolique dans le but de les piéger et activer leur sens de la révolte, parfois malgré eux.

Le processus est simple. Au début de la session j’établis la règle première : «Vous avez toujours le droit de ne pas penser comme moi, tant que vous êtes capables de justifier ce que vous avancez.» La seconde règle : «Il est de votre responsabilité de découvrir ce qui est faux dans ce que je dis.» C’est important, car je ne peux pas savoir moi-même que ce que je dis est faux. Ainsi, l’espace est ouvert pour des discussions sans trop de contraintes.

Ensuite, je leur présente une idée. Cette année dans le cours de L’être humain j’ai commencé par leur démontrer ce qui est propre à l’homme : la raison, le sens du beau, le rire, l’amour, etc. Évidemment, les animaux, eux, ne sont que des machines. Ils ne ressentent pas l’amour et ne peuvent pas utiliser la raison.

Rapidement, des étudiants ont commencé à se refermer. Des sourcils froncés, des bras croisés. Une étudiante intervient : «Mais mon chien est content de me voir! Il m’aime.» Un autre étudiant explique qu’il a vu une vidéo dans laquelle on voit un chien pleurer sur la tombe de son maître.

Je coupe court à ces interventions. Il ne s’agit que d’une projection de ce qui est humain sur des animaux qui ne sont que des machines. Une forme d’anthropomorphisme.

Mais une fois la discussion terminée, je présente à mon tour une série de vidéos dans lesquels on voit des animaux agir comme s’ils étaient humains. Un oiseau qui pêche avec du pain, un corbeau qui utilise des outils pour atteindre de la nourriture, un gorille qui prépare un feu de camp avant d’y faire griller des guimauves, un lion qui saute dans les bras d’un homme qui lui a sauvé la vie dix ans plus tôt.

Après cette présentation je demande au groupe : «Alors, est-ce que l’humain est un animal ou non?» Perplexe les étudiants hésitent. Je laisse planer le doute. Une étudiante lève la main : «Mais là, c’est quoi la réponse monsieur? Vous avez présenté quelque chose et ensuite le contraire…» Une autre étudiante lui répond directement: «C’est parce qu’il veut que tu choisisses ce que tu penses.»

Voilà. On peut maintenant commencer la session.
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Etienne Groleau,
Cégep Beauce-Appalaches

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