Les étudiant(e)s en science qui se sont révélés métaphysiciens

atome-science-philo-au-cegep

Mon cours sur l’être humain me donne l’occasion de poser une question classique à mes étudiants: celle de la liberté. Comme beaucoup d’autres professeurs, je demande à mes étudiants de lire des extraits de Sartre et de Descartes pour les familiariser avec l’idée de libre arbitre. Ils découvrent alors quelle est la distinction entre un sujet pensant et un objet. Autrement dit, ils comprennent pourquoi certains philosophes posent l’existence d’un esprit, d’une âme ou d’une conscience (appelez cette chose comme bon vous semble!) chez l’humain. Bref, nous voyons pourquoi nous ne serions pas qu’une entité matérielle et par conséquent, nous ne serions pas totalement soumis aux lois de la causalité.

Évidemment, puisque la question de la liberté est une question philosophique, l’existence d’un libre arbitre ne fait pas l’unanimité (ni chez les philosophes, ni chez mes étudiants). Soucieux d’enseigner des auteurs qui critiquent cette idée, j’ai décidé de soumettre à mes étudiants des extraits de textes portant sur la neuroscience et la portée philosophique des découvertes les plus récentes sur le cerveau. Essentiellement, on y remettait en question l’existence d’un « fantôme dans la machine », d’un esprit séparé du corps, d’un « je » capable de s’autodéterminer. Après tout, où se situerait ce fameux « je » qui serait aux commandes de notre corps? Quelle partie du cerveau serait aux commandes du « reste de ce que nous sommes »?

Un peu naïvement, j’ai cru que mes étudiants allaient, pour la très grande majorité, adhérer à une conception plus matérialiste (et déterministe) de l’être humain. Puisque mes groupes étaient alors largement constitués d’étudiants en science, j’étais persuadé que pour eux, il serait naturel d’affirmer que l’humain n’est rien d’autre que son corps, que « l’esprit » ou « l’âme » dont parlaient les Modernes n’est rien d’autre qu’un cerveau. Erreur.

À ma grande surprise, la plupart de mes étudiants semblaient rebutés par l’idée selon laquelle nous ne sommes que notre corps. Pour eux, il devait forcément exister un « je » immatériel quelque part à l’extérieur du corps qui leur permet d’être libre. Il devait nécessairement y avoir un « fantôme » aux commandes de leur corps. Alors que dans leurs cours de science, ces mêmes étudiants sont poussés à étudier tout ce qui se trouve dans la nature (y compris eux-mêmes!) à la lumière des lois de la causalité, voilà qu’ils refusaient cette lecture dans leur cours de philosophie. Finalement, j’en suis venu à leur faire réaliser qu’au fond, ils sont peut-être plus « métaphysiciens » que « physiciens» lorsqu’ils ont la chance de réfléchir à la nature humaine. Mais ça, ils ne pouvaient certainement pas le découvrir dans leurs cours de science…

 

 

 

 

Jean-Philippe Martin
Collège Montmorency

Publicités

Catégories :Uncategorized

Voir aussi :

Voir aussi :

%d blogueurs aiment cette page :