Les étudiant(e)s qui ont compris que les philosophes ne sont pas les seuls à en fumer du bon

C’est toujours débordante d’enthousiasme que j’introduis mes étudiants aux grandes questions des présocratiques, à leur volonté d’éclairer le monde de la nature. J’ai le vertige devant leurs interrogations : «D’où vient le monde?», «De quoi est-il fait?», «Qu’est-ce que la réalité?», «Que peut-on connaître?»…

Chaque année mes jeunes me font bien sentir que je suis un peu débile de m’émerveiller autant pour si peu.

Je persiste. Mon ravissement s’étire jusqu’aux réponses de ces premiers philosophes-physiciens par des théories souvent contre-intuitives qui ont eu le mérite de donner une explication globale et rationnelle du tout. Face à ces hypothèses, que d’aucuns jugent farfelues, il arrive immanquablement ce moment de l’ «éternel retour » où la sentence assassine sort de la bouche d’une de mes recrues :

«y’en fumaient du bon!».

Alors je questionne ces jeunes esprits abstinents : «quelles sont vos explications du monde, votre perception de ce qu’est la vérité, la réalité?» On me répond avec une certitude toute appuyée que «franchement madame Manon, la réalité existe parce qu’on la voit et comme on la voit tous de la même façon ben, c’est sûr que c’est vrai.» Poussant un peu plus loin, je m’aperçois rapidement que nombreux de mes jeunes padawans ont une méconnaissance du monde physique.

«Vous ne doutez pas de vos perceptions? Vous ne pensez pas que notre façon de percevoir le monde est à côté de ce que le monde est véritablement?»

«Non!»

Alors pour bien ébranler leurs convictions, je place mes jeunes devant cette science qui aujourd’hui éclaire le monde d’une lumière nouvelle: la physique quantique. On apprend que poser la question : «qu’est-ce que la réalité?, revient à la question : «qu’est-ce que la conscience»?, que la réalité est bien plus vaste que ce que nos sens perçoivent, que le plein est vide, que le temps et l’espace sont des dimensions parmi d’autres, que le temps est élastique, l’espace courbe, l’intrication et la téléportation concevables et l’existence d’univers multiples possible.

C’est le choc. Si on croyait que les théories des présocratiques étaient contre-intuitives, là on bat des records. Pourtant, les étudiants voient bien qu’il y a un lien entre cette science pétée qui fait éclater leur paradigme et le téléphone qui vibre dans leur poche.

Et comme ce cellulaire semble lui bien réel, ils espèrent que ceux qui l’ont pensé et conçu ont eu la bonne idée de le faire sans «en fumer du bon»!

 

 

 

 

Manon Lortie,
Cégep de Jonquière

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