L’étudiante qui a distingué la raison de la foi 

Islam

J’abordais dans une de mes classes le thème de la philosophie de la religion. J’ai commencé par faire faire mon sondage habituel au groupe, pour briser la glace. Deux petites questions, toutes simples :

1) Croyez-vous en Dieu?

2) Croyez-vous à l’immortalité de l’âme ?

Les résultats ont suivi la tendance des sessions précédentes. Pour la question #1, environ la moitié croyait en Dieu, l’autre moitié non. Pour la question #2, les deux tiers croyaient en une forme de vie après la mort, l’autre tiers non.

Spontanément, comme d’habitude quand il est question de ce thème épineux, ils ont discuté énergiquement entre eux. La plupart des discussions ont pris fin en apories, puisque, bien sûr, il est impossible de prouver quoi que ce soit de définitif en ces matières, et c’est un peu ça que j’essayais de souligner par l’exercice.

Une étudiante voilée, l’étincelle dans les yeux, est venue me voir après le cours. Elle m’a parlé d’une vidéo sur YouTube qu’elle voulait montrer à la classe au cours suivant. Elle a pris la précaution de me dire que ce n’était pas une vidéo sur la religion en général : c’était sur l’Islam. Je lui ai dit que j’allais l’écouter au courant du week-end, et décider si c’était pertinent. J’étais sceptique, mais je voulais lui donner une chance.

Rendu chez moi, j’ai écouté la chose. En gros, on essayait d’y prouver la vérité absolue de l’Islam. D’abord, on disait que la complexité du vivant était une raison suffisante pour prouver l’existence de Dieu. Ensuite, on se basait sur le fait que l’Islam reprenait des éléments du Judaïsme et du Christianisme pour en prouver la supériorité. Finalement, on concluait sur l’origine divine du texte coranique en se basant sur les nombreuses affirmations à caractère scientifique véridiques qui y sont comprises.

À la fin du cours suivant, le plus délicatement possible, j’ai expliqué à mon étudiante que la vidéo ne prouvait pas grand-chose, et qu’on ne l’écouterait pas en classe. La complexité du vivant pouvait aussi être attribuée à l’évolution. Le fait que l’Islam reprenait des éléments des autres religions monothéistes n’en prouvait pas la supériorité. Le fait que le Coran renfermait des vérités protoscientifiques ne permettait pas d’y attribuer une origine divine. Elle écoutait attentivement, un peu triste. L’étincelle avait quitté son regard.

J’ai insisté sur le fait que même si sa vidéo ne prouvait rien, ça n’enlevait rien à sa foi. On a discuté de la foi, en tant que foi, débarrassée du besoin de preuves. On a discuté du Coran, et de la différence entre des conceptions sacrées et littéraires du texte. Nos discussions, comme celles en classe au cours précédant, ont pris fin en apories.

Et quelque part pendant la discussion, simplement parce qu’on discutait, le miracle : l’étincelle est revenue dans ses yeux. J’étais ravi.

Tout le reste de la session, elle a été la bougie d’allumage de la classe. À tous les cours, le même enthousiasme. À chaque fois, cette volonté d’argumenter. De discuter. Il a simplement fallu que je lui donne la chance de s’exprimer un peu. Et qu’elle me donne la chance d’en faire autant.

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.Jérémie McEwen,
Collège Montmorency.

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