Les étudiant(e)s qui ont défendu l’individualisme

Icone individualisme

8 h du matin. Trente-quatre étudiants. Certains en technique administrative, d’autres en danse, ou en diététique. Ce matin-là on analyse un texte de Pierre Manent sur la façon dont nous, modernes, sommes devenus des individus.

L’auteur y explique entre autres la différence entre l’individualisme (ne donner de l’importance qu’à ce qui a un lien avec soi) et l’égoïsme (un amour démesuré de soi-même).

Un silence profond pèse sur la classe, sans doute est-ce l’heure matinale, pensai-je. Mais un étudiant lève la main « Madame, pourquoi personne ne nous a parlé de ça avant? » Son voisin de renchérir « oui, tout le monde critique nos générations en nous traitant d’individualiste… pourtant on a pas l’impression d’être ça, nous! » Je n’ai pas le temps de répondre qu’une jeune demoiselle au fond ajoute « c’est parce que comme le texte le dit, les gens savent pas que l’individualisme c’est en même temps un désir de liberté, pas juste une affaire négative de je-me-moi. »

Je nuance un peu la discussion en ajoutant que l’auteur est tout de même inquiet de cet individualisme. Avant, nous avions «besoin» de l’appartenance à une communauté ; elle était nécessaire. Maintenant, avec nos nouveaux moyens de communication, comme internet, on peut remplacer cette communauté : l’école à distance en est un exemple. La réalité, selon l’auteur, c’est que nous pouvons désormais, comme jamais auparavant ce ne fut possible, être complètement, totalement, dangereusement individu : choisir, sans appartenir ; être seul, mais avec les avantages du groupe.

Il est 8 h du matin. Des étudiants sont en train de m’expliquer qu’ils ne sont pas d’accord avec l’image que la société projette d’eux. Ils utilisent des concepts complexes, le nihilisme, la perte de transcendance, le consentement. Ils font référence aux auteurs déjà étudiés : Sartre, Nietzsche et Tocqueville. Ils veulent me prouver qu’ils sont peut-être des individus, oui, mais que cela n’est pas nécessairement une mauvaise manière d’être un être humain. Que l’autre importe encore beaucoup pour eux et qu’ils veulent appartenir à des communautés : pourvu qu’ils puissent les choisir. Puis ils en soulèvent eux-mêmes les paradoxes, les dangers, les dérives. Ils dialoguent sur l’idée de la liberté et de l’individualisme. Avec le texte. Entre eux. Ça ressemble drôlement à une communauté : une classe.

En sortant, un étudiant que je n’avais jamais remarqué s’arrête à mon bureau. « Madame… On dirait que le cours met des mots sur des affaires qu’on sentait sans vraiment savoir les expliquer. »

ACT

 

 

 

 

Annie-Claude Thériault,
Collège Montmorency

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